On ne devient pas dépendant du jour au lendemain: les chemins de l'abus et de la dépendance font partie d'un processus qui se développe souvent imperceptiblement et qui peut passer inaperçu très longtemps aux yeux de la personne concernée et de son entourage. Et souvent la personne dépendante adopte une attitude de défence déroutante pour l'entourage: le déni. C'est une manière de justifier sa consommation, de se donner des excuses pour continuer à consommer et surtout pour éviter de souffrir de sa consommation.
Il faut savoir qu'aucun traitement n'est possible sans la participation active de la personne concernée. Elle doit donc prendre conscience du problème et accepter de changer son mode de vie et ses habitudes. Mais que peut-on faire pour l'aide à prendre conscience du problème, quelle attitude adopter, comment supporter soi-même la situation?
Dans la famille
Un problème de consommation n'affecte pas uniquement la personne qui consomme mais aussi son entourage. Les membres de sa famille, ses proches, sont également touchés au plan affectif et dans leur quotidien. La dépendance accapare toute la famille, la divise et l'isole du reste du monde.
Les proches ont parfois le sentiment d'être épuisés et impuissants face à la maladie. Ils se culpabilisent et ne savent que faire. Pour tenter d’améliorer la situation, d'aider la personne dépendante à arrêter de consommer, différentes stratégies sont tentées: essayer de comprendre, raisonner, discuter, menacer, aimer davantage, réduire ses propres exigences, etc.
Spontanément l'entourage protège et excuse la personne malade: "Il a beaucoup de travail... beaucoup de soucis... ses amis l'entraînent à boire." Et puis on essaie de limiter, de contrôler, de maîtriser les consommations de l'autre. Ce sont des moments d'espoir, suivis de moments de désespoir. L'humeur de l'entourage varie au gré de l'humeur et des consommations de la personne dépendante. Les proches s'épuisent, perdent peu à peu espoir, se sentent de plus en plus impuissants. Le problème de consommation dirige aussi leur vie. Ils sont pris dans le cercle vicieux de la codépendance. Que faire alors?
Pour que la situation évolue favorablement, ce n'est pas seulement la personne dépendante qui doit modifier son comportement mais aussi l'ensemble de son entourage. La famille doit accepter qu'elle ne pourra pas arrêter de consommer à la place de la personne dépendante, ni se faire soigner pour elle.
L'entourage doit apprendre à poser ses limites et surtout arrêter de protéger la personne qui consomme. Chacun ne peut prendre soin que de lui-même. Les membres de la famille peuvent chercher de l'aide pour eux-mêmes, pour briser le cercle de la codépendance, pour réapprendre à vivre, à s'occuper de soi, à briser le tabou et l'isolement.
Aider l'autre, c'est trouver le courage de lâcher prise, de laisser la personne dépendante assumer elle-même les responsabilités et les conséquences de ses consommations, même si dans un premier temps on peut trouver inhumain de la laisser se détruire sans chercher à la sauver. Mais c'est peut-être la seule façon pour que la personne malade se rende compte de la gravité de sa maladie et du besoin de se faire soigner.
A l'école
Si un élève est sous l'effet d'un produit en classe, il faut lui signifier clairement que, dans cet état-là il n'est pas en mesure de suivre les cours et qu'il sera convoqué plus tard pour en parler. Dans l'immédiat, l'élève doit quitter la classe (sous surveillance à l'infirmerie, salle des maîtres ou retour à domicile). Par la suite, l'enseignant convoquera l'élève afin de parler de l'incident et fixer des mesures pour éviter que cela se reproduise. En cas de trafic de substances dans l'établissement, il est recommandé d'informer la police.
Lorsque le comportement d'un élève constitue un risque pour lui-même, il convient d'agir rapidement en faisant appel à une aide interne ou externe à l'école, ainsi qu'en rencontrant les parents pour parler du problème. Si l'école doit mettre en évidence le problème que pose la consommation au sein de l'établissement - pour l'élève lui-même mais également pour ses camarades - elle peut toutefois aider les parents et l'élève à trouver de l'aide auprès d'un professionnel qualifié pour résoudre ce problème (médecin, service spécialisé, etc).
Les observations faites par les enseignants sur la situation scolaire, ajoutées à celles que peuvent faire les parents dans la vie privée du jeune sont autant d'éléments objectifs qui peuvent aider l'élève à réaliser à quel point son comportement de consommation pose problème, même s'il a le sentiment que pour lui, ce n’est pas un problème mais un plaisir.
Au travail
Souvent tout le monde est au courant du problème, mais personne n'ose aborder le sujet avec la personne intéressée. On éprouve des réticences, le sujet est tabou. La peur de froisser l'autre joue aussi un rôle. Et puis quand on est confronté avec un problème de dépendance, on entre inconsciemment dans un mécanisme de co-dépendance. Avec une bonne volonté manifeste et une réelle intention d'aider, on va couvrir les erreurs commises, corriger soi-même les fautes, rattraper les retards. Tout cela parce que l'on pense que ce ou cette collègue "a déjà assez de problèmes comme ça sans encore lui en rajouter". Et puis si on essaie de soulever le problème, on se heurte au déni de la personne consommatrice, aux mensonges et aux excuses. Il se passe souvent des années avant que l'entourage professionnel ait atteint la limite de sa tolérance et que le problème va être renvoyé à la direction ou au service du personnel... et c'est souvent bien tard!
C'est pourquoi il est important et nécessaire qu'une politique de prévention des problèmes d'alcool et de drogues soit mise en place afin de pouvoir réagir suffisamment tôt et de manière efficace et une telle politique sous-entend former les cadres non pas pour en faire des experts en toxicomanie mais leur donner les moyens de déceler au plus tôt un problème, de pouvoir en parler avec la personne concernée et lui proposer des solutions. Licencier n'est une solution ni pour l'entreprise, ni pour la personne concernée.
Parler d'un problème de consommation avec un employé, c'est tout d’abord s'informer et noter des faits objectifs: arrivées tardives, absences, performances réduites, observations d'autres collègues. C'est ensuite convoquer le collaborateur pour poser ces faits, fixer à nouveau les exigences professionnelles minimales et parler des objectifs que l'on souhaite atteindre. C'est aussi poser le problème de consommation, sous forme d'un constat: l'incidence que cela a sur le travail et la nécessité de trouver une solution au problème. Il convient de ne pas moraliser, de ne pas juger la personne ni d'exiger d'elle une abstinence immédiate. Si la personne accepte d'entrer en matière et de parler du problème de consommation, il faut très clairement exprimer ses propres limites: l'employeur n'est pas un thérapeute mais peut aider à trouver une aide extérieure. Cela peut même être une exigence de l'employeur que de chercher une aide extérieure auprès d'un centre de consultation ou d'un médecin afin qu'un traitement puisse être mis en place.
Un ami a des problèmes de consommation
Un ami peut faire beaucoup... mais pas tout. On ne peut pas arrêter de consommer à la place de l'autre. Il n'y a que la personne concernée qui peut arrêter et il ne sert à rien de tenter de contrôler la consommation d'un tiers. Que faire alors?
L'important est de pouvoir dire ce que l'on pense, dire ses soucis et transmettre les informations objectives que l'on a pu réunir. Ensuite, il faut pouvoir en parler, en parler sans faire la morale, sans vouloir convaincre l'autre à tout prix d'arrêter. C'est poser sur la table les faits que l'on peut constater (changement d'humeur, comportement,...) et poser ses propres limites (ce que l'on accepte ou pas lorsqu'on est en présence de la personne qui consomme).
On peut offrir un dialogue, une écoute, un regard critique mais on ne peut pas prendre sur soi la responsabilité de la consommation. C'est l'autre qui peut nous dire en quoi on peut l'aider et à nous de réfléchir si cette aide demandée est possible et si on estime que cela va vraiment aider l'autre et non l’aider à entretenir le problème.
Et puis il ne faut pas oublier de dire et redire tout ce que l'on apprécie chez la personne, ses qualités, ses ressources, ne pas oublier de mettre en avant le positif et partager des moments où l'on ne parle pas du problème de consommation.
Un voisin a des problèmes de consommation
Il est difficile de savoir s'il faut réagir ou non lorsqu'on a dans son voisinage une personne qui consomme. Doit-on lui faire la remarque? Doit-on ignorer le problème? Que faire pour bien faire? On peut énoncer quelques principes à appliquer dans une telle situation: ne surtout pas fermer les yeux, rester attentif et ouvert au dialogue, poser des limites (bruit,...).
Lorsqu'il y a un problème de consommation, l'entourage proche, par honte, par culpabilité, cherche à cacher le problème et s'isole afin d'éviter que cela se sache. C'est une tendance naturelle qui ne fait qu'alimenter le problème et conduit l'entourage proche à l'épuisement.
Faut-il dès lors en tant que voisin intervenir afin de briser ce tabou? Il n'y a pas de réponse toute faite, mais montrer de la compréhension face à la maladie de la dépendance, sans juger ni prendre parti peut aider une famille à éviter de s'isoler et se donner peut-être plus rapidement des moyens de réagir.
Et les enfants?
Vivre avec un parent dépendant, c'est vivre dans un climat familial tendu, conflictuel, imprévisible ou incohérent face à un parent que l'on aime et redoute en même temps.
C'est être confronté au quotidien à la honte, la peur, la culpabilité, l'insécurité et l'isolement. On pense, à tort, que les enfants ne se rendent compte de rien, que cacher le problème évite à l'enfant d'en souffrir. L'enfant ne souffre pas uniquement du problème de consommation mais aussi de l'ambiance qui règne à la maison. Et cette souffrance peut l'accompagner tout au long de sa vie.
Que faire pour aider un enfant dans une telle situation? En cas de violence, il ne faut pas hésiter à dénoncer la situation aux autorités compétentes afin de protéger l'enfant. On peut aider ces enfants à se développer le plus harmonieusement possible malgré la maladie de leur parent en parlant de cette maladie, en expliquant à l'enfant ce qui se passe, en le déculpabilisant, en lui permettant de parler de ses sentiments et émotions (peur, culpabilité, honte), en lui offrant la possibilité d'en parler avec d'autres enfants dans sa situation (groupe Al-ateen ou autre).
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