Home Alcool et toxicomanie Y a-t-il un problème?

Difficile de poser un diagnostic pour affirmer qu'une personne est alcoolodépendante ou toxicomane. Difficile aussi parfois de savoir soi-même où on en est dans une consommation, quelle est la limite entre une consommation récréative et une consommation problématique voire une dépendance.

Pourtant, cela vaut la peine de s'interroger au sujet de sa consommation ou de celle d'un proche dès qu'il y a perte: perte de maîtrise, perte du permis de conduire, perte de travail, perte de relations sociales, perte de santé, etc. Il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin, à aller consulter un service spécialisé afin de réagir au plus vite et éviter que la situation n'empire.

Dans certaines circonstances, même une faible consommation pose déjà problème: grossesse, maladie, traitement médicamenteux, enfance, personnes ayant connu des problèmes de dépendance, des problèmes ou maladie psychiques et/ou physiques.

Evaluer sa propre consommation

"Combien d'alcool puis-je boire sans mettre en danger ma santé et mon entourage? Trop, c'est combien? Quand dois-je m'arrêter?" Suis-je dépendant du cannabis? Du tabac? Est-ce que fumer tous les jours est nocif?

Il est parfois difficile de savoir où on en est avec sa consommation d'alcool ou d'autres substances. Schématiquement, on peut définir des stades de consommation: l'abstinence, la consommation expérimentale, la consommation récréative, la consommation abusive et la dépendance. Il est difficile d'évaluer sa relation avec la substance, et souvent on se dit "j'arrête quand je veux!"... mais en remettant sans cesse au lendemain la décision d'arrêter. Les choses sont bien plus complexes et nous sommes souvent piégés par notre propre consommation.

La manière la plus simple de vérifier où nous en sommes est de décider de s'abstenir pendant quelques jours et d'observer ce qui se passe: est-ce facile? Est-ce que l’on est plus nerveux, tendu, irritable? Qu'en est-il du sommeil? On peut également faire des tests d'auto-évaluation de sa consommation.

Est-ce que mon enfant consomme?

Comment savoir si son enfant consomme? Comment réagir? Faut-il banaliser ou dramatiser une consommation? Faut-il chercher des indices pour savoir vraiment ce qui se passe, faut-il le soumettre à des contrôles d'urine pour vérifier son abstinence? Quels sont les signes qui peuvent montrer qu'il consomme? Il n'existe aucun signe évident qui montre une consommation.
De plus, il faut distinguer une consommation unique ou ponctuelle, "pour voir", d'une consommation récréative (avec les copains, pour faire la fête) ou encore d'une consommation quotidienne.

Des observations telles que fréquents changements d'humeur, changement de fréquentation et de loisirs, baisse des performances scolaires, un désintérêt ne sont pas forcément un signe de consommation de drogue. De tels signes peuvent avoir des liens avec la puberté ou d'autres difficultés passagères (surmenage, déception amoureuse).

La meilleure façon de savoir ce qui se passe est de pouvoir en parler et d'éviter les enquêtes policières qui n'apportent que soupçons, cachotteries et mensonges. Si votre enfant consomme des drogues, il est probable qu'il en parlera de lui-même s'il sent que vous êtes ouvert au dialogue et que vous n'allez pas dramatiser la situation.

Il faut donc éviter la panique, les pleurs, les reproches, les menaces.Il faut s'informer et évaluer la situation dans son ensemble, peut-être avec l'aide d'un service spécialisé, même si votre enfant refuse d'aller lui-même consulter.

Est-ce qu'il y a consommation à l'école?

Il n'est pas toujours facile de distinguer si un comportement problématique est effectivement en lien avec une consommation de psychotropes. Parfois la situation n'est ni suffisamment claire, ni suffisamment préoccupante pour réagir immédiatement. On pense qu'il y a quelque chose d'anormal, mais sans réussir à comprendre ce qui se passe véritablement.

L'enseignant - et l'établissement scolaire - peuvent être confrontés à deux types de situations: consommation durant les heures de classe ou se présenter en classe sous effet d'un produit. Il paraît évident que la consommation de cannabis, d'alcool et d'autres drogues, ne peut pas être tolérée à l'école. De même, se présenter en classe sous effet d'un produit n'est pas acceptable car cela perturbe le travail des autres élèves. Il est indispensable que les établissements scolaires se dotent de règles précises et de sanctions appropriées, ce qui permet déjà d’éviter certaines difficultés. Idéalement, la sanction doit apporter une solution au problème posé et ne devrait pas exclure l'élève. Souvent, des entretiens avec l'élève, ses parents, la direction de l'école suffisent pour obtenir des changements de comportement.

Dans des situations de transgression de règles, ce sont souvent les enseignants qui sont les premiers concernés. Lorsque l'enseignant n'est pas "sûr" de ce qui se passe, il faut en parler avec les autres professeurs et essayer d'éclaircir la situation avec doigté afin de ne pas porter préjudice à l'élève concerné.
L'enseignant procède à une première évaluation de la situation, il note ses observations, collecte celles d'autres collègues, puis convoque l'élève pour un entretien afin de parler de la situation sur la base des observations faites.
L'enseignant doit impérativement s'en tenir à ce qu'il a observé à l'école, il s'agit d'une intervention liée à la situation scolaire et non d'un entretien thérapeutique. S'il y a soupçons de consommation, il convient d'exprimer ses doutes sous la forme d'hypothèse. L'enseignant fixe des objectifs à atteindre - éventuellement sous forme écrite - et convient d'un entretien pour évaluer ce qui a été convenu, dans un délai raisonnable (2-3 semaines).

Est-ce qu'il y a consommation au travail?

L'employeur n'a pas seulement le droit mais également le devoir de prendre des mesures lorsqu'un employé compromet la sécurité au travail par sa consommation de produits engendrant la dépendance (Ordonnance sur la prévention des accidents et des maladies professionnelles, [832.30] art. 11 al.3). S'il rencontre un collaborateur en état d'ébriété ou sous l'effet d'une drogue, il doit décider si cette personne est encore apte à exercer son travail dans des conditions satisfaisantes de sécurité. Si ce n'est pas le cas, il faut qu'il l'affecte à un poste de travail qui ne soit pas dangereux ou lui demander de rentrer à la maison.

Concernant les jeunes en apprentissage, l'employeur a le devoir de signaler au responsable légal tout jeune en situation de risque (LT, [822.11] art 32 al.1).

Repérer un problème de consommation n'est pas évident, l'aborder encore moins! Même si chaque situation est particulière, des lignes de conduite peuvent exister et faciliter l'évolution de la situation.

Lorsqu'une personne consomme des drogues de manière problématique, son comportement personnel et professionnel se modifie peu à peu. Ce sont ces changements qui doivent faire l'objet d'observation de la part du supérieur direct/du responsable de l'apprenti: manque de ponctualité, manque de motivation, augmentation des erreurs, baisse des performances professionnelles, absences fréquentes, conflits.

Ces changements doivent faire l'objet d'un entretien qu'il convient de préparer soigneusement: noter ses observations, au besoin collecter d'autres informations auprès de collègues, fixer des objectifs à atteindre, déterminer des délais. Si l'employé/apprenti ne mentionne pas qu'il y a problème de consommation,  le responsable n'en parlera que sous forme d'hypothèse possible.

Si l'employé/l'apprenti fait un lien entre son dysfonctionnement professionnel et une consommation de drogues, on peut alors réfléchir avec lui à une aide concrète (auprès du service social de l'entreprise, d'un médecin ou d'un service spécialisé) qui peut être faite en parallèle à la mise en place des objectifs professionnels fixés.

Est-ce qu'un de mes proches a un problème de consommation?

Il faut toujours être prudent avant d'affirmer que telle ou telle personne est alcoolique ou toxicomane. Les médecins et les thérapeutes ont eux-mêmes des difficultés à poser un diagnostic. A plus forte raison les profanes, parents et proches. Toutefois même avec la meilleure prévention du monde, il est peu probable qu'on parvienne à éviter tous les problèmes d'abus et de dépendances. "Mon mari boit!", "Mon ami fume des joints!", c'est souvent en ces termes que les personnes s'adresse à nous. Dans le langage courant, tout le monde croit comprendre ce que cela signifie: "boire", c'est être alcoolique, et "se droguer" c'est être toxicomane.

N'est-ce pas un peu vite dit? Ne s'affole-t-on pas un peu vite alors que le consommateur nie tout problème? Quelle que soit la position et le rôle vis-à-vis de la personne qui consomme, il faut éviter à tout prix de chercher à contrôler sa consommation, de fouiller ses affaires afin de trouver des preuves.

Mieux vaut chercher le dialogue. Mais attention à la manière et au moment d'en parler. Tout d'abord il faut réfléchir à ce qui nous inquiète dans la situation, s'informer, noter les changements objectifs que l'on peut observer. Ensuite il faut choisir le moment idéal pour en parler: ne pas le faire sous le coup de la colère, ni entre deux portes ou en présence de tiers, ni si la personne est sous effet du produit. Il faut faire attention à ne pas juger la personne, éviter de lui faire des reproches ou d'exiger un arrêt immédiat.

Non, il faut parler de ses propres inquiétudes, de ce que l'on a remarqué. Parler "je" plutôt que dire "tu" fais ceci ou cela, "tu" ne te rends pas compte, "tu" devrais arrêter, etc. Parler de soi, des questions que l'on se pose, des soucis que l'on a, c'est demander à l'autre de l'aide pour y voir plus clair, c'est demander à la personne qui consomme ce qu'elle en pense elle-même, ce que lui apporte le produit (euphorie, bien-être, détente, assurance, oubli des problèmes...).

C'est ainsi que l'on peut réfléchir aux alternatives possibles pour obtenir les mêmes effets. Un dialogue constructif c'est aussi la possibilité de poser ses propres limites, de proposer de l'aide, de demander en quoi je peux aider l'autre plutôt que d'imposer ce que l'on pense être bien et nécessaire pour l'autre. Et puis c'est aussi décider ensemble d'en reparler afin de voir où on en est quelques semaines plus tard et, au besoin, de chercher une aide extérieure auprès d'un médecin, d'un service spécialisé ou d'un groupe d'entraide.