Une forme peu connue de maltraitance infantile.
L'acquittement d'une jeune fille au pair britannique, après le décès du fils confié à sa garde d'un couple d'avocats américain a suscité un grand écho au sein des médias. Dans les comptes-rendus en langue allemande il n'a été qu'à peine mentionné que cet enfant âgé de 8 mois était décédé des suites du syndrome de l'enfant secoué. L'acquittement est encore violemment contesté aux USA, aussi bien pour des motifs juridiques que médicaux; outre les défauts de procédures il pourrait également s'agir du fait, que même aux USA où ces faits ont été rapportés depuis longtemps, ce syndrome est encore méconnu.
En Suisse, le procureur du seul canton de Zürich recense environ dix cas dans les cinq dernières années; à l'hôpital pédiatrique de Zürich, 3 enfants avec un syndrome grave de l'enfant secoué ont été pris en charge dans ce même laps de temps. La prévalence de ce tableau clinique devrait être plus élevée car il est encore trop peu connu chez nous. Le but de cet article est de sensibiliser les professions médicales à ce type particulier de maltraitance infantile.
Les 5 types de maltraitance infantile:
- Sévices corporels
- Abus sexuel
- Maltraitance psychologique
- Négligences
- Syndrome de Münchhausen par procuration
Biomécanique
Le traumatisme par secousse est dû au fait que la tête ne peut pas être suffisamment stabilisée par sa musculature propre. Ceci est physiologiquement le cas chez le nourrisson et le petit enfant, où la tête représente environ 15% du poids corporel et ne peut être suffisamment maintenue par la musculature du cou, peu développée à cet âge.
Les nourrissons et les petits enfants sont pris par le thorax ou par le bras et secoués dans le sens sagittal (fig.1). La tête se balance ainsi d'avant en arrière et est à chaque fois freinée de manière abrupte dans les positions extrêmes.
Dans les positions extrêmes, le cerveau est en outre soumis à une décélération abrupte, suivie d'une accélération. Le pic, dont la tête est immobilisée par la force musculaire durant ses violents coups de bec, constitue un modèle animal naturel pour ce type de forces: n'agissent ici que des décélérations et accélérations, sans composante rotatrice, qui sont visiblement inoffensives pour le cerveau.
Un exemple de cas pédiatrique illustre également ceci: une fillette de 4 ans a fait une chute depuis le 7ème étage et est tombée absolument à plat sur le dos, sur un sol herbeux attendri suite à des pluies prolongées: la chute a certes entraîné des fractures, mais aucun dommage cérébral.
Dans le syndrome de l'enfant secoué, il n'y a presque jamais de lésions vertébrales et de la moelle épinière cervicale, à cause de l'élasticité très grande de ces structures à cet âge.


Fig.1: mécanisme de survenue du syndrome de l'enfant secoué
Symptômes
L'enfant victime du syndrome de l'enfant secoué se présente avec des convulsions, un état de conscience altéré, une fontanelle bombée et des troubles respiratoires, principalement des apnées. Généralement, on met en évidence des hémorragies rétiniennes, ainsi qu'éventuellement du corps vitré. En outre, on peut constater la présence d'hématomes à l'endroit où l'enfant a été saisi, sur les bras ou le thorax, rarement de fractures sous-jacentes.

Fig.2: hématome de la face interne du bras chez un nourrisson de 6 mois victime du syndrome de l'enfant secoué.
Epidémiologie
Les nourrissons d'âge moyen de 5 mois sont principalement concernés. Le rapport garçon/fille est de 3:2. Les coupables sont dans ¾ des cas des hommes, les responsables étant dans 50% des cas les parents, dans 17% des cas chacun, le partenaire de la mère et la baby-sitter.
Pronostic
Environ ¼ des enfants décèdent quelques jours ou semaines après le traumatisme. Parmi les survivants, selon des données des USA, ¾ ont des séquelles à long terme, en particulier une invalidité (infirmité motrice cérébrale), une atteinte de la vue allant jusqu'à la cécité, une épilepsie et une arriération mentale, voire une combinaison de ces affections. Dans d'autres publications avec un suivi plus prolongé et plus fin, le nombre de handicaps est considérablement plus élevé, car les atteintes neuropsychologiques ne pourront se manifester que durant la scolarité.
Prévention
Pour une certaine efficacité, des mesures de prévention doivent être prises à plusieurs niveaux. L'information sur les situations à risque de lésions particulièrement dangereuses – auquel appartient en première ligne le syndrome de l'enfant secoué – en constitue un aspect. Il est étonnant que même des spécialiste méconnaissent le danger de secouer des nourrissons et de jeunes enfants, alors que les coups et les chutes – surtout s'ils sont dus à des frères et sœurs plus âgés – sont considérés comme délétères, de façon presque exagérée.
La fondation Enfance et Violence s'est focalisé sur cette démarche informative et a produit un dépliant ainsi qu'une vidéo d'enseignement à ce sujet (voir adresse).
Le dépliant "Au secours ! Mon bébé n'arrête pas de pleurer" (disponible en français, allemand et italien) montre aux jeunes parents divers modes de réaction possibles aux cris de leur bébé; on y on met en garde contre le risque de secouer les enfants. La bande vidéo "ne secouez jamais votre bébé" (disponible en français, allemand et italien) a les mêmes buts.
Un spot TV, produit également par la fondation, n'a jusqu'ici qu'à peine eu droit d'antenne, car aucun sponsor ni public ni privé n'a voulu jusqu'ici en financer la diffusion.
Fondation Enfance et Violence
Geschäftsstelle Frau Silvia Krebs
Postfach 1235
3110 Münsingen
Tél. 031-721.50.73
Une prévention dans le domaine psycho-social est encore plus importante: les coupables sont en général soumis à d'importantes contraintes provenant de toutes parts qui les conduisent à un surmenage, pouvant amener, par manque de contrôle de leurs impulsions, à une maltraitance corporelle. Il faudrait que soit mis en place un type précis de prévention, ce qui constitue une tâche importante de politique sociale et appartient en premier lieu au domaine de la formation des adultes. Par là, il s'agit de communiquer aux adolescents et aux jeunes adultes, avant leur paternité, des alternatives comportementales aux réactions agressives dans des situations de surmenage. En Suisse, ce type de prévention est encore loin d'être réalisé.
Nos remerciements à www.swiss-paediatrics.org pour la reprise de cet article
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